dimanche 17 janvier 2016

Une mère innocente condamnée à mort aux États-Unis - Jacques Secretan

Cela fait plus de vingt ans que Debra Milke a été condamnée à mort pour un crime horrible qu'elle nie avoir commis : l'assassinat de son enfant de quatre ans. Depuis décembre 1989, elle est emprisonnée en Arizona et se bat pour faire reconnaître son innocence. L'un des deux hommes directement impliqués dans le meurtre de son fils affirma initialement qu'elle avait commandité le crime, avant de se rétracter. Sans conséquence pour Debra, sa condamnation ayant déjà été prononcée. Pour elle, tout s'est joué en une demi-heure, au cours d'une conversation avec un policier, sans enregistrement ni procès-verbal. Par la suite, ce policier qui était chargé de l'enquête déclara avoir obtenu ses aveux, ce qu'elle a toujours farouchement nié. Dès 2008, l'espoir renaît pour cette mère en deuil, ses appels semblent enfin être entendus. Elle ne sera sans doute pas exécutée, mais sera-t-elle libérée ? Une affaire passionnante et révoltante qui n'est hélas pas exceptionnelle : depuis 1977, après une période de dix ans sans exécution, cent trente-huit condamnés à mort - dont une femme - ont été reconnus innocents aux Etats-Unis. Deux autres cas de condamnations à la peine capitale sont évoqués dans ces pages : celui de Robert Garza, arrêté en 2003 et qui attend dans le couloir de la mort du Texas que son innocence soit démontrée. Et celui de Jaime Elizalde qui, lui, a été exécuté dans ce même Etat en janvier 2006 pour le meurtre de deux trafiquants de drogue. Ses avocats n'ont pas pu apporter la preuve absolue que les deux témoins présentés contre lui avaient menti. Tout devrait être fait pour éviter qu'une erreur judiciaire ne soit commise, en particulier lorsque la peine de mort est requise. Ce livre est là pour attester qu'entre ce que garantit la Constitution des Etats-Unis et la réalité, il y a parfois de cruels dérapages. 

Mon avis:
Cette histoire est en réalité un documentaire qui relate la terrible machine judiciaire américaine, et surtout ses failles et ses déboires! Elle relate l'histoire d'une jeune femme qui, non seulement aura perdu son enfant d'à peine quatre ans, mais qui aura la vie passée sous un rouleau compresseur fait d'erreurs judiciaires, de bavures et sans possibilité de se défendre.

Jacques Secretan est un journaliste et écrivain vaudois qui mène depuis des années des missions afin de faire éclater la vérité sur le système judiciaire américain, malade, affaibli par la corruption et rutilant de cruauté. Ce système ne laissait aucune chance à ceux qui était pris dedans... 

Il retrace, avec multiples démarches, l’ambiguïté d'un dossier qui n'aurait jamais du être, ne cesserait-ce, que validé! Comment sous la seule et unique version d'un policier, une jeune femme a-t-elle pu se retrouver derrière les barreaux? Car aucune preuve solide n'est venue étayer le dossier à charge contre Debra Milke! 

La seule chose qui constituait ce dossier était le témoignage du policier qui l'avait interrogé et lui avait annoncé la mort de son fils, témoignage relaté car aucune preuve de cet entrevue ne subsiste! Le policier n'avait pas pris de tierce personne avec lui et n'avait pas jugé utile d'enregistrer la conversation, il ne lui a pas permis d'avoir l'avocat qu'elle a pourtant réclamé et ne lui a jamais laissé le moindre espoir. 

Il a témoigné des années plus tard qu'il avait jugé coupable du meurtre de son fils, à un moment de l'enquête où il ne l'avait encore jamais vue! Il s'est basé sur son interprétation des propos d'un junkie qui n'était autre que l'amie du propriétaire de Debra. Ce dernier a sans doute tué le fils de Debra après avoir vu un dossier de police d'assurances, qui indiquait qu'en tel cas Debra toucherai 5'000 dollars. 

A cet époque (1989) cette somme représentait assez aux yeux de cet homme pour tuer un enfant. L'homme avait déjà demandé un emprunt auprès de Debra et de son propriétaire James. Il représentait donc un éventuel coupable. De même que James, à qui Debra avait annoncé son futur départ. Lui qui l'avait vainement courtisée peut être a-t-il vu le meurtre se on fils comme une chance pour lui de la voir rester à ses côtés et qu'il pourrait épauler! 

Et pourtant c'est sur Debra que l'inspecteur a jeté la totale culpabilité de l'affaire même s'il a également mis derrière les barreaux les deux hommes. Ces derniers n'auront pas l'occasion de défendre Debra dans un de ces procès, tout comme tout autre témoin en sa faveur! Elle n'aura en aucun cas la possibilité de se défendre et qui plus est, aura pour tout protection celle d'un avocat, commis d'office, qui avouera plus tard n'être pas à la hauteur de la tâche qui lui avait été confiée!

Debra attendra plus de 20 ans derrière les barreaux et aura enfin des avocats dignes de ce nom. Mais malgré toutes les preuves du complot monté contre elle et avec l'appui d'une partie du système judiciaire, elle sera encore dans sa cellule à la sortie de ce livre en 2011 soit 22 ans après sa condamnation! 

Sans preuves, avec ses droits bafoués, on se demande comment cette femme a fait pour tenir le coup sans lâcher son espoir! Mais surtout on se demande comment, après avoir découvert les 19 autres affaires tordues faites par le même inspecteur de police, cet homme peut encore avoir un poste haut gradé et avoir la confiance du système américain! 

Se livre se termine avec Debra derrière les barreaux, fort heureusement une révision de son procès prouvera sa totale innocence en mars 2015! Cette femme qui a eu l'horreur de savoir son fils de 4 ans tué par balles pour un motif, encore aujourd'hui inconnu, aura passé 27 ans de sa vie en prison pour le seul et unique témoignage d'un policier! Le système américain dans toute sa splendeur de bulldozer! 

À noter que ce livre retrace également d'autres cas d'erreurs judiciaires qui n'auront pas tous vu la vie des prisonniers sauve!

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